Apologie d’une pratique intégrée en droit de la famille

Au-delà du droit

Lors d’une séparation, les questions juridiques sont inévitables et prennent une place importante dans la résolution des litiges. Il est par exemple question de partage patrimonial, de temps parental (garde des enfants), ou encore de pensions alimentaires.

Dans une pratique dite « intégrée », on reconnaît l’importance du droit, sans toutefois lui accorder un rôle central. Au-delà de vouloir gagner à tout prix dans une pratique adversative, nous croyons en l’importance d’avoir une vision globale qui s’inspire d’autres disciplines.  Ce courant suit la tendance du monde juridique pour encourager les gens à trouver eux-mêmes des solutions durables, particulièrement en droit de la famille.

La nature du droit de la famille

Vivre une séparation peut constituer une épreuve importante, alors que les gens sont confrontés à différents deuils et à des conflits qui peuvent devenir intenses. La principale distinction de ce domaine pour les professionnel.le.s réside dans le défi de la gestion des émotions.

De plus, lorsqu’il y a des enfants, la relation entre les ex-conjoint.e.s ne s’arrête pas au moment de la séparation. Un minimum de collaboration est requis pour la coparentalité et les juristes doivent en tenir compte dans leur approche pour éviter d’exacerber le conflit autant que possible. Il en va du bien-être des enfants de nos client.e.s. 

Les juristes en droit de la famille se trouvent donc confronté.e.s à des situations pour lesquelles la formation juridique ne les prépare pas nécessairement. C’est pourquoi nous gagnons à nous éloigner des réflexions purement juridiques pour analyser les situations de notre clientèle sous différents angles.

L'apport de la bienveillance

Dans la pratique, on peut avoir tendance à imaginer la bienveillance et le droit comme deux pôles irréconciliables d’un même spectre. Comme si nous devions faire un choix entre une approche agressive dès le départ, ou entièrement à l’amiable.

Ce que nous proposons est plutôt d’injecter une dose de bienveillance dans la pratique, adaptée à chaque situation, peu importe le niveau d’animosité. Il est ici question de bienveillance envers ses client.e.s, leurs enfants, mais également envers leurs ex-conjoint.e.s dans une certaine mesure.

L’éthique de la bienveillance permet de faire ressortir plus de confiance et d’altruisme entre les juristes et les parties, en échange de moins de comportements agressifs qui exacerbent le conflit. Une bonne intégration des deux pôles (bienveillance et droit) permet aux juristes de choisir les stratégies les plus efficaces, sur un continuum.

Inspiration du travail social

À titre d’exemple, s’inspirer du travail social permet une meilleure compréhension des individus et de leurs interactions dans les systèmes qui les entourent, comme leur famille.

Certains principes issus du travail social peuvent directement améliorer le travail des juristes en droit de la famille, dont notamment:

  • Accentuer les forces des client.e.s et leur capacité d’autodétermination (empowerment), i.e. utiliser ses compétences juridiques pour collaborer avec les client.e.s, à leur niveau, en renforçant l’idée que chaque personne est experte de sa propre situation. Au lieu de prendre le volant à titre d’expert.e.s, les juristes peuvent fournir à leur clientèle les outils afin qu’elle puisse améliorer elle-même sa situation. 
  • Approcher chaque individu comme un membre d’un système familial (approche systémique)i.e. que chaque personne est indissociable de sa famille et de chaque membre qui la constitue. Chaque membre d’un système a nécessairement une influence sur les autres et sur le conflit à régler. En ne considérant que nos client.e.s, nous risquons d’ignorer des éléments relationnels importants qui pourraient nous être utiles pour les aider à améliorer leur situation.
  • Respecter la dignité des individus et des famillesi.e. croire qu’avec le soutien nécessaire, chaque client.e et sa famille détiennent les ressources et capacités pour régler sa situation, sans que les juristes prennent les décisions à sa place.
  • Respecter les différences individuelles, familiales, et culturellesi.e. ne pas s’en tenir aux préjugés sur la situation des individus et s’engager à poser des questions ouvertes pour tenir compte de tous les enjeux, individuels et sociaux, entourant la séparation. 

En bref, sans écarter le droit dans la gestion des séparations, nous croyons en l’apport d’autres disciplines pour offrir un soutien plus complet à la clientèle en droit de la famille.